‘Vivre le Kenya’ est en quelques sortes le rêve de tout coureur de fond. L’origine même d’un sport qui puise ses origines dans les racines de l’humanité. Une sorte de retour aux sources. Ce rêve-là, j’ai l’incroyable chance de vous le présenter aujourd’hui !

C’est en 2013 que j’ai pour la première fois entendu parler du village d’Iten, centre mondial désigné de la course à pied. Un simple village perché sur les hauts-plateaux kenyans abritant la plupart des champions kenyans. Ceux-ci y rencontrent de difficiles conditions d’entrainement (et même de vie), nécessaires à l’obtention de leurs succès. Sur les hauts plateaux, les chemins ne sont jamais plats, l’oxygène manque rapidement (- 20% par-rapport au niveau de la mer) et les poumons brulent à chaque effort.

La Vallée du Rift depuis le Kerio View Point

Vivre cette folie, c’était le rêve ultime pour moi.

Après les hauts-plateaux marocains (Ifrane, novembre 2017), les Canaries (Tenerife, janvier 2018) et la moyenne altitude sud-africaine (Potchefstroom), mon périple sportif me mène donc à l’origine même de ma passion, la course à pied.

A peine arrivé à Iten, l’irréel devient réel. Des coureurs PARTOUT ! Inimaginable ailleurs sur terre. Tout le monde court et à toute heure (souvent dès les premières lueurs de l’aube). Vêtus d’habits Nike ou Adidas souvent bien frippés, les habitants du village semblent s’envoler de leur quotidien précaire (salaire moyen : env. CHF 150.- par mois) à coup de longues foulées.

Tous ne courent pour la gloire mais par habitude. Depuis tout petit, ils ont vu ces adultes courir dans les rues du village et ont rapidement fait de même. Le mimétisme pur d’un peuple qui a su conserver au fil des époques cette culture de l’écoute du soi. Magnifique à voir et à vivre ! 

Une championne du monde en puissance.

Au sein des 4’000 habitants du village, la moitié court vite. ‘Vite’ signifie très vite, soit moins de 31 minutes sur 10 km pour les hommes et moins de 35 minutes pour les femmes. Un niveau hallucinant qui ne serait imaginable dans aucune autre région du monde. De nombreux groupes d’entrainements se retrouvent quotidiennement et se forment au fil des kilomètres. Les endurances lentes durent généralement 15 à 18 km à une allure d’environ 14 km/h. En Suisse, peu de coureurs tiendraient ce rythme.

Arrivé le 8 janvier dernier, j’ai déjà rejoins ces groupes à plusieurs reprises, sans terminer une seule séance. Dès mon arrivée, j’ai pris le pari d’écouter mon corps et en particulier ma fréquence cardiaque. Les premiers jours, les footings étaient très légers et les pulsations avaient tendance à monter haut en fin d’exercice (plus de 170 bpm). Dès le 9ème jour d’entrainement, j’ai noté des progrès significatifs, mes puls diminuant de 10 à 15 battements par minute à effort comparable, soit environ 150 bpm à 5’00/km sur terrain vallonné.

Le volume d’entrainement peu important du début (50 km la première semaine) a petit à petit augmenté et je m’apprête à boucler ma première ‘vraie’ semaine kenyane à environ 90-95 km. La différence par-rapport aux entrainements suisses est la longueur des footings principaux (rarement moins de 12 km) et la fréquence (9x par semaine, dont 3 entrainements régénératifs de 4-5 km). L’objectif est désormais de conserver un rythme de 80 à 100 km par semaine en augmentant petit à petit l’intensité de l’effort. Je réalise actuellement des entrainements jusqu’à intensité de course (17-18 km/h) et l’objectif est de travailler davantage en VMA soit environ 20-21 km/h.

La ‘Fartlek Team’ après 30 diagonales de terrain en herbe, ça pique !

Outre l’entrainement, la vie à Iten nécessite une adaptation complète. L’altitude (2’390m) rend le sommeil difficile les premières nuits et la nourriture est évidemment très différente du connu. Très carbo-hydraté, l’ugali local est complété par des pâtes, du riz, des pommes de terre ou encore des haricots rouges et des lentilles. Les légumes sont peu variés (carottes, sukuma, chou, avocats, tomates et concombres) mais très goutus. Idem pour les fruits locaux : mangues, bananes et ananas. Globalement, la nourriture présente un gout moins relevé qu’en Europe (exit les exhausteurs de saveur), mais se révèle très saine. Un bon repas apporte une quantité d’énergie substantielle, et il n’est pas étonnant que les kenyans puissent parcourir des dizaines de kilomètres suite à un repas.

Ugali, Chapatis, Sukuma et Boeuf, typiques du Kenya.

Mon acclimatation est également passée par l’adaptation au rythme de vie. Habitué à bien occuper mes journées en Suisse et plus récemment à l’Ile Maurice, le contraste est saisissant. Douze entrainements par semaine (9x course à pied et 3x renforcement) autour desquels s’articule le quotidien.

Entrainement de renforcement (ici avec un kettlebell)

Peu de distractions locales finalement, des cascades alentours à Iten que nous avons visité dimanche dernier avec mes potes européens (Alex Jodidio et Aloïs Moutardier) et quelques ‘chaï’ (‘Thé’ en swahili, un mélange de thé et de lait sucré en réalité) le temps de refaire le monde.

Visite des cascades de Kessup

La récupération est également très importante et il n’est pas rare que je fasse la sieste une (voire deux !) fois par jour entre les entrainements, pour reprendre des forces. A cela s’ajoute les massages locaux, une sinécure qui n’en n’est pas une, croyez-moi ! Mon premier massage kenyan s’apparentait davantage à une séance de torture qu’à une récupération. Le mec a eu la folle envie de presser au plus profond de mes muscles qui n’avaient à ce jour jamais vu la présence d’un doigt si profondément enfuit en eux. Une heure trente à m’accrocher au lit en priant le seigneur de me sortir vivant de cet enfer, je ne vous fais pas un dessin.

Néanmoins, plus le temps passe et plus mon corps se satisfait de ces massages qui régénèrent véritablement l’organisme. Certaines tensions présentent dans mon corps depuis des années ont comme par enchantement disparues et je suis convaincu du bienfait de ces massages ‘profond’ à raison d’une fois par semaine.

Actuellement logé au Centre Lornah Kiplagat, géré par l’ex-championne olympique (Athènes 2004), je m’apprête à débuter la vie kenyane comme j’en ai rêvé. Dès dimanche, je logerai en effet dans une petite maison kenyane immergé dans le quotidien des locaux. Les infrastructures sont très spartiates (pas d’eau chaude notamment) mais c’est bien là le challenge que je me suis fixé lors de ce séjour. Deux mois de précarité qui doivent me conforter chaque jour un peu plus que le succès s’apprend dans la difficulté, et me donner ce fight spirit qui caractérisent les champions des coureurs ordinaires.

Ma future ‘cuisine’ ^^

Je vous tiens bien sûr au courant de la suite de mon séjour, à priori courant février. J’espère d’ici-là réaliser davantage de photos des coureurs locaux, ayant jusqu’à présent savouré le moment présent sans porter trop d’attention à immortaliser la vie locale.

Merci de votre suivi de cette folle aventure !