A l’échauffement avec le groupe d’entrainement de Julien Wanders

Au rythme des séances d’entrainement, les semaines à Iten défilent. Voici bientôt 3 mois que j’ai élu domicile dans le petit village des hauts-plateaux kenyans. Le quotidien qui m’avait à priori semblé monotone se laisse vivre ; pas un seul jour ne ressemble à un autre. Tant de personnes rencontrées, d’aventures et d’apprentissages qui ont rendu ce séjour jusqu’à présent palpitant. En voici un aperçu. 

Au 27 janvier dernier, je posais mes valises dans ma petite maison kenyane. Un épisode qui a véritablement marqué le début de mon aventure au sens espéré : s’immerger au sein de la communauté locale.

Le mimétisme comme clé de l’apprentissage

Dès lors, imprégné de l’esprit des lieux, a débuté mon intégration. Simple Muzungu (= non-kenyan) aux yeux des autochtones, j’ai pris le pari d’agir comme eux : manger à leur manière, écouter leur musique, adopter leurs rituels d’avant-après entrainement (étirements, sieste, massages), etc.

Une adaptation pas toujours évidente, mon estomac pourra vous en raconter quelque chose. A force de cuisiner à l’eau bouillie remplie de terre (en raison de la sècheresse), mon système digestif s’est fragilisé puis à dit STOP. Trois semaines de calvaire aux mois de février-mars qui ne m’ont pas empêché de m’entrainer, mais qui ont sensiblement réduit la qualité de mes séances.

Une autre étape du mimétisme est passée par l’apprentissage de la langue. Le kiswahili n’est pas si difficile en termes de sonorités, mais en rien comparable en termes de structure aux phrases latines. J’ai donc appris quelques termes usuels du langage, ce qui a parfois surpris mes interlocuteurs. J’ai constaté que la langue est un outil très puissant d’intégration (et à contrario d’exclusion) et lors de mes prochains voyages au Kenya (il y en aura !), je souhaite véritablement améliorer mes connaissances de cette langue.

A défaut d’évoluer dans un confort de vie européen, la vie kenyane m’a permis de vivre l’expérience de l’intérieur. Effrayé des araignées dans mon quotidien helvétique, j’ai passé des nuits avec une belle octopattes au dessus de ma tête. Who cares ? Idem pour les douches froides, les massages appuyés et tant d’autres situations qui demandent une certaine force mentale et qui paradoxalement, renforcent l’esprit. Rien n’est facile et l’esprit repousse les limites du confort de tout point de vue. Une maxime qui se vérifie lors des entrainements où la difficulté adopte une autre échelle qu’en Suisse, tant le contexte se prête à dépasser ses limites.

Se faire accepter

Avant mon arrivée à Iten, j’avais entendu dire que le jour où un groupe de kenyans t’invitait à boire le ‘chaï’ (du thé au lait sucré) à la fin d’un entrainement, tu avais gagné leur respect. Je n’ai jamais été assez fort pour terminer un entrainement avec les groupes que j’ai rejoins, mais ils m’ont accepté. Le mimétisme évoqué ci-dessus conjugué à la sympathie des kenyans ont matché avec ma personnalité. A force de rire et de partager ensemble, je suis en quelques sorte devenu l’un des leurs.

Mention spéciale au groupe d’entrainement de Julien Wanders qui a été incroyable à mon égard. Complètement largué dans les entrainements, ils ont toujours eu pour moi ce respect et ces bons mots qui te donnent l’espoir qu’un jour, tu courras à leurs côtés. Je me rappelle d’un entrainement tempo en côte lors duquel le premier kenyan à parcouru les 6 km (D+ 275 m) en 22’ suivi de près par l’ensemble du groupe, tandis que je concluais mon pensum en 28’. A l’arrivée au sommet, j’ai été accueilli comme le vainqueur alors que ma performance était juste médiocre. J’aimerais ici les remercier de leur incroyable soutien, de leur hospitalité (tant de chaï partagés chez les frères Kibarus !) et de leur gentillesse.

« Y faut Manger ! »

Les semaines à Iten s’enchainent et les inconforts des premiers jours (sommeil difficile, soif permanente) s’estompent, mais le corps même acclimaté maintien son action. Les calories brulent en permanence, et tous les coureurs présents ici perdent du poids bien qu’ils mangent davantage qu’en Europe. Dans mon cas, de 64 à 61 kg. Les quantités de nourriture ingérées sont importantes. Le motto ici c’est « Y faut manger », clair et sans autre interprétation possible. N’aimant pas manger de grandes quantités en une fois, je privilégie des repas moyens complémentés de ‘snacks’ (comprenez ici ‘fruits’ et ‘chapatis’) tous les 3 heures. Les conseils nutritionnels de mon ami et ex-coach Thierry Rouvinez ne sont pas oubliés !

Simplicité et humilité

Chaque athlète à beau appliquer au mieux sa recette du succès, ce qui se passe à Iten reste une succession d’entrainements. Réaliser de bonnes séances ici n’a de sens que si celles-ci débouchent sur de bons résultats une fois le temps des compétitions venu. Les champions savent aborder l’entrainement avec respect et s’y astreignent sans relâche. Un véritable travail certes réalisé avec passion mais surtout, avec beaucoup de professionnalisme. A voir ces champions empreints d’humilité et de respect, j’ai réalisé que toute performance est à contextualiser et ne représente aucunement une fin en soi. Être fier de franchir une étape fait partie du chemin du succès, mais savoir simplement retourner au travail le lendemain en est une autre. La consistance à l’entrainement représente un facteur-clé au succès.

Dans mon prochain article, j’aurai le plaisir de vous partager davantage de détails concernant les entrainements et la vie à Iten en général en termes chiffrés.

Merci de vos lectures et partages !